Léon Golberg à sa fiancée (Groupe Manouchian)

Léon Goldberg à sa fiancée

 

( né à Lodz, en Pologne, en 1924, dans une famille juive qui émigre en France peu de temps après : son père dès 1928, sa mère et lui à la fin de 1929. Ses parents sont arrêtés et déportés en 1942. Jeune communiste, il entre alors en résistance dans les rangs des FTP-MOI.)

 

Fresnes, le 21 février 1944

 

Ma Chérie,

Ma dernière lettre et mon dernier souvenir pour toi ; je vais être fusillé à 3 heures. Il est 11 ½.

D'abord, je voudrais que tu ne pleures pas et que tu sois très courageuse comme je le suis moi-même. Je n'ai pas peur de mourir. Je trouve quand même que c'est un peu trop tôt. Comme cadeau d'anniversaire, c'est réussi, n'est-ce pas ? Tu sais depuis samedi ce qui m'attend par les journaux.

Ta photo est devant moi, ce matin comme toujours. Je l'emmène avec moi pour ce long voyage d'où personne n'est, je crois, jamais revenu. Console-toi très vite, nous nous sommes trop peu connus. J'ai fait mon devoir envers tous. Je ne regrette rien.

Tout ce que je voudrais, c'est que, quelquefois, vous tous, mes amis, pensiez à moi. Maintenant, j'embrasse tes parents, Fanny, toi-même, ma chérie, ainsi que tous mes amis. Quand mes parents reviendront, tu rendras mes affaires, enfin arranger tout quand tous seront de retour.

Ils ont été forts pour mon cadeau d'anniversaire, ne trouves-tu pas ?

Je n'écris pas grand-chose. Je n'ai pas grand-chose à écrire. Ça vaut mieux. Parlons des amis.

Je souhaite tout le bonheur possible à Roger, Denise et Jean, Claude leur fils, Robert Balin : je les embrasse ainsi que leurs parents. J'embrasse tous les amis du quartier, je n'énumère pas leur[s] nom[s]. Embrasse mes cousins Pérel, les amis Berkowitz, sans oublier surtout Merlo et leurs enfants, Sznaper, Debut, (Alice, Mireille, Joseph) Finkelstein, Fuks, Deltour, Tondelier, Posteniec, enfin tous sans exception. J'oublie Anna, ses parents, Ben, Joseph, etc.

Je n'arrête pas de manger en ce moment. Que veux-tu que je te dise, ma chérie ; il faut bien mourir un jour. Je t'ai beaucoup aimée, mais il ne faut pas pour cela oublier que ta vie continue, à toi.

D'ici quelque temps, j'espère que tu te seras fait une raison et que la vie reprendr[a] ses droits.

Enfin, ADIEU A TOUS. La vie sera meilleure pour vous. Je vous embrasse tous, ta famille et toi, Ginette.

Je demande pardon à tous ceux que j'oublie des amis.

Ma Ginette, je partirai avec ton nom sur mes lèvres.

 

VIVE LA FRANCE : Léon Goldberg.

 

J'écris mal à cause du froid.