La Rose et le Réséda (Aragon, 1944)

Publié le par 1ères S2 et S3

Magnifique poème engagé d'Aragon qui reste on ne peut plus lyrique mais dans une grande simplicité (M.D)                                                                                                                                                   A Gabriel Péri et Estiennes d'Orves
                                                                                                                                                comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

                                                                                    La Rose et Le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfèrent les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passe de vie au trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule et se mêle
A la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte et violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Publié dans Poèmes seuls

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taravant 28/03/2010 18:02


quel est la figure de style dominente dans la rose et le réséda et quel est son effet?
répondez moi le plus vite possible s.v.p


1ères S2 et S3 09/06/2009 09:02

" Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat "

Très bonne citation d'Aragon, à retenir pour "contrer" Perret : en temps de guerre, il ne s'agit plus de faire le délicat et de ne s'en tenir qu'à un projet esthétique quand il s'agit de rassembler, témoigner, raviver le courage.