Réponse "améliorée légèrement" d'émilie S...

Publié le par 1ères S2 et S3

Poèmes retenus :

 

 

- « La courbe de tes yeux » d’Éluard  ( du recueil Capitale de la douleur ; 1926 )

 

- « Je n’ai envie que de t’aimer » d’ Éluard (du recueil Les yeux fertiles ; 1936 )

 

- « Jamais d’autre que toi » et « Non, l’amour n’est pas mort » de Desnos  ( du recueil  Corps et biens ; 1930 )

 

Question : En quoi peut-on dire que ces poèmes sont ou  non surréalistes ?...

 

 

Le surréalisme est un mouvement littéraire est né après la Première Guerre Mondiale. Les surréalistes trouvent leur inspiration dans le rêve, l’amour, l’inconscient. Chez les surréalistes, l’image poétique est très importante ; elle opère le rapprochement fulgurant de deux réalités que la logique oppose.

Á la lecture des poèmes de Robert Desnos « Jamais d’autre que toi » et « Non, l’amour n’est pas mort », extraits du recueil Corps et biens de 1930, et des poèmes de Paul Éluard « La courbe de tes yeux », du recueil Capitale de la douleur paru en 1926 et « Je n’ai envie que de t’aimer » paru en 1936 dans Les yeux fertiles, nous pouvons nous demander si ces derniers sont ou non des poèmes surréalistes.

 

            Ces quatre poèmes ont, tout d’abord, tous une forme libre, particulièrement appréciée des poètes surréalistes. Écrits en vers, ils ne contiennent pas de rimes et sont presque entièrement dénués de ponctuation. Les poèmes d’ Éluard semblent jouer entre tradition surréaliste et règles de poésie classique, puisque ses deux poèmes contiennent des strophes et que la longueur des vers n’excède pas l’alexandrin

( « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur », par exemple, qui est justement un alexandrin). Tandis que les poèmes de Desnos ne comportent pas de strophes et que les vers sont vraiment de longueurs variables, si bien que l’on peut y trouver des versets. Dans le poème « Jamais d’autre que toi », par exemple, on en retrouve aux vers 5 et 6, ainsi qu’aux vers 13 à 15. En ce point, ces poèmes sont fidèles au surréalisme, qui prône une totale liberté d’écriture.

 

Par ailleurs, chacun de ces poèmes chante l’amour. Ainsi, le poème de Desnos « Non, l’amour n’est pas mort » est même un véritable hymne à la femme aimée. Dans ce poème lyrique, l’amour semble personnifié, comme en témoigne le vers 4 :

« Mon amour n’a qu’une seul nom et qu’une seule forme ». Il est fait l’éloge de la femme aimée ( verset 20 : « Tu seras belle et toujours désirable »). Le poète, affirmant ne vivre que pour l’aimer (au vers 28), en vient presque à perdre son identité. Cet amour fantomatique (vers 15) se rattache au rêve. De plus, le poème joue sur des associations d’images que la logique oppose ( vers 10-11). C’est pour ces raisons que nous pouvons le considérer comme un poète surréaliste, car il se fonde à partir du thème de l’amour et du rêve, et qu’il leur associe des images que la logique oppose. L’autre poème de Desnos, « Jamais d’autre que toi », va également puiser son inspiration dans le thème de l’amour. Le titre va même se transformer en anaphore au sein du poème. Là encore, le registre lyrique va lui permettre d’exprimer un amour qui reste le même au cours du temps, comme en témoigne le vers 4 :

« Plus tu t’éloignes et plus ton ombre grandit ». Une fois encore, Desnos joue sur des associations d’images que la logique oppose, étant en cela fidèle à la tradition surréaliste. On note ainsi au sein du même vers l’association des termes « étoiles » et « solitudes », pour exprimer une même idée. Le vers 5, fondé sur un chiasme ( mer , ténébreuses / buissons , écumes) associe lui aussi des images inattendues. Ces deux poèmes de Desnos évoquent  donc bien l’amour et associent des images surprenantes, comme le préconisait André Breton dans son Manifeste du Surréalisme.

 

Les deux poèmes d’Éluard évoquent là encore l’amour pour une femme. Ils sont fondés sur un échange entre « Je » et « Tu ». Dans le poème « La courbe de tes yeux », le « Tu » désigne une femme dont Éluard fait l’éloge ; celle-ci n’est peinte que par un seul trait de sa physionomie qui semble pourtant la décrire toute entière : ses yeux, et, plus précisément encore, leur forme toute entière. C’est à travers cela que vont se créer les autres images, diffuses dans le corps du poème, à un point tel que leur influence s’exerce non seulement sur l’homme, mais sur le monde tout en entier, dans une expérience cosmique et onirique, comme l’indiquent les deux derniers vers : on comprend alors que le « monde entier » n’existe que dans la mesure où les yeux de cette femme sont là pour le voir. Ceci traduit une certaine démesure : l’amour évoqué semble fou et est conforme en cela à l’idée qu’aiment s’en faire les poètes surréalistes. Les vers 6 à 12, pour prendre un exemple, juxtaposent toute une suite d’images dont la cohérence n’est assurée que par les liens qu’elles entretiennent avec le thème du regard. Là encore, Éluard, fidèle à la tradition surréaliste, joue sur des associations de mots qui n’ont rien à voir les uns avec les autres pour exprimer l’amour : « feuille de jour » ; « mousse de rosée ».

L’autre poème d’Éluard, « Je n’ai envie que de t’aimer », me semble moins marqué par le surréalisme. Si, là encore, le poème est fondé sur le thème de l’amour, on ne retrouve pas cette même démesure dans l’expression de ce sentiment. Cet amour, cette envie d’aimer, n’est pas exprimée de manière aussi violente que dans les précédents poèmes. Les associations d’images trouvent ici une certaine logique, une plus grande cohérence.

 

Nous pouvons donc dire que tous ces poèmes sont des poèmes surréalistes, même si le poème d’ Éluard « Je n’ai envie que de t’aimer » l’est dans une moindre mesure.

Publié dans exemple de M. Urnauer

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