A une chatte de Charles Cros (par Gabrielle)

Publié le par 1ères S2 et S3

A une chatte

Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas

Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l'été ?

Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s'efface,

Où va la pensée, où s'en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?
Chatte, détourne tes prunelles ;
J'y trouve trop de noir au fond.

Charles CROS

Recueil : Le coffret de santal

 

 

Charles Cros (1842-1888) fut un poète et un inventeur : on lui doit le phonographe, le télégraphe automatique, la photographie en couleurs. Ses deux principaux recueils de poésie sont Le Coffret de santal et Le Collier de griffes où dans le dernier on trouve «  A une chatte ».

Le poème fait l'éloge d'une chatte puis ensuite nous amène sur une réflexion de la mort. Ce poème que j'aime beaucoup est particulier non seulement par sa forme mais aussi par son fond. Dans le poème de Charles Cros, nous avons comme un phénomène de superposition, car l'auteur commence par une description physique de la chatte puis il va au delà de cette description et nous décrit son enviable sérénité, sa sagesse, sa supériorité sur l'homme et pour finir il nous révèle son inquiétude face à la mort .

Ce poème à une particularité de n'être composé que ede cinq strophes, tous des quatrains d'octosyllabes.

Les rimes des vers sont tous en disposition embrassé et Charles Cros fait une alternance entre les rimes féminines et masculines, de la forme F M M F. Sauf la deuxième et la troisième strophe qui sont composé que de rimes masculines . Mais on remarque aussi que l'expression amoureuse ne s'adresse pas à une femme, mais un animal : la chatte, comme l'indique le titre: «  A une chatte »

De plus il est construit comme un dialogue. Charles Cros l'interpelle par une fonction phatique « je te demande dans ces vers, » ensuite le « te » se transforme en « tu ». Mais c'est une rhétorique, car la chatte ne risque pas de lui répondre.

Au début du poème l'auteur nous fait la description précise de la chatte que l'on peut'imaginer blanche, qui vous regarde intensément avec ses yeux verts. Comme ci elle allait vous dire quelque chose.

On assiste à une personnification de cette dernière : «  Quel sarcasme sous ta moustache »

«  Tu nous lorgnes, en pensant tout bas »

«  Ton museau que ton nez termine » « Couronne fièrement ta mine »

Puis petit à petit il nous montre la supériorité de la chatte sur l'homme :

« Que nos yeux creux ne valent pas »

«  Aurais tu la clé des problèmes

Qui nous font, frissonnants et blêmes,

Passer le printemps et l'été ? »

«  Chat et gens, ton flair, plus subtil

Que notre savoir, te dit-il »

Mais,il compare aussi le chatte à une femme: « rose comme un bouton de sein »

Charles Cros fait l'éloge de la chatte « chatte blanche, chatte sans tache ». Ici on voit la beauté et la pureté de la chatte. Et nous montre aussi dans la strophe quatre, sa sagesse plus grande que celle des humains. La mort ne l'angoisse pas. Il mystifie la chatte.

Puis enfin, à partir de la strophe cinq il va au-delà de la vision de cette chatte, il va derrière la beauté et la sagesse de celle-ci. Il nous amène à une réflexion sur la vie et la mort en nous montrant que derrière toute chose il y a la mort, que toute chose à une fin:

« Devant la mort qui nous menace,

Chats et gens,ton flair, plus subtil »

C'est là qu'il se confie et révèle son angoisse face à la mort: «  J'y trouve trop de noir au fond » le « J' » étant la marque du lyrisme.

Ce poème pour moi est superbe car il parle à la fois du félin animal que j'admire par son calme , sa souplesse, sa beauté dans sa démarche véloce, la douceur comme de la soie de son poil. Mais aussi de la beauté disant que la beauté finit toujours par faner, qu' un jour ou l'autre elle finira par mourir, que rien n'est éternel . Que tôt ou tard on devra faire face à la mort. Ce poème me fait réfléchir sur la mort. Sur la réaction que j'aurai face à elle. Si je serais angoissée, inquiète. Il me fait réfléchir sur une chose à laquelle je n'avais pas particulièrement pensé.

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Tom 15/10/2016 20:27

Je crains que ce soit un poème de 6 strophes et non de 5 comme tu l'as dit :)