Harmonie du soir de Baudelaire (par Maëlys )

Publié le par 1ères S2 et S3

Les Fleurs du Mal

 

 

HARMONIE DU SOIR

 

 

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;

Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;

Valse mélancolique et langoureux vertige !

 

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;

Valse mélancolique et langoureux vertige !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir2.

 

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;

Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

 

Un cœur tendre, qui hait néant vaste et noir,

Du passé lumineux recueille tout vestige !

Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoi3 !

 

 

2. Meuble ou autel sur lequel on dépose l’hostie consacrée au cours d’une procession. 3. pièce d’orfèvrerie destinée à contenir l’hostie.

 


L’« harmonie du soir » est un poème de Charles Baudelaire publié, comme tout poème tiré des Fleurs du Mal, en 1861.

J’ai souhaité vous le faire découvrir (ou tout au moins redécouvrir) parce que je le trouve vraiment original du point de vu de sa structure. Comme on peut le remarquer, on retrouve le deuxième et le troisième vers de la première strophe,

 

    « Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir, »

« Valse mélancolique et langoureux vertige »,

 

dans le second quatrain, occupant dans celui-ci la place du premier et troisième vers.

Le même phénomène est appliqué dans les deux autres quatrains. Ainsi, les deuxième et quatrième vers de chaque strophe sont répétés dans la strophe suivante remontant simplement d’un vers à chaque fois.

Au fil de la lecture, nous ne découvrons donc qu’un vers sur deux dans chaque nouvelle strophe.

Tout naturellement les rimes restent les mêmes, et l’auteur varie uniquement la rime qui est embrassée. Dans la première et troisième strophe c’est la rime « oir» qui est embrassée alors que dans la seconde et l’ultime strophe c’est la rime « ige ».

Ceci donne l’impression qu’une feuille transparente sur laquelle les vers sont écrits une ligne sur deux, glisse lentement  au dessus d’une feuille blanche, remontant pour combler les espaces laissés par l’auteur.

La structure du poème reflète bien ainsi l’harmonie du soir où chaque évènement concorde les uns avec les autres dans une atmosphère de paix.

Baudelaire parle de valse mélancolique aussi bien pour l’évaporation des fleurs que pour le frémissement du violon.

 

Ce poème est très apaisant à la lecture et nous plonge au crépuscule d’été, nous imprégnant de la nature.

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