Heureux qui comme Ulysse [Arthur]

Publié le par 1ères S2 et S3

LES REGRETS - Heureux qui comme Ulysse


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Ou comme celui-là qui conquit la Toison,
Et puis est retourné plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!


Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province et beaucoup davantage?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine.


Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

 

Joachim du Bellay (1522-1560)


Si le lyrisme se caractérise par l'expression de sentiments personnels, il n'est pleinement manifeste qu'à partir du second quatrain. Les occurrences du pronom de la première personne, "je", du déterminant "mon, ma" (qui indique ici une relation plutôt que la possession), l'interjection "hélas", en incise sous l'accent d'hémistiche du vers 5, voilà autant de moyens langagiers qui concourent à transcrire l'expression personnelle du sentiment. La modalité interrogative et la répétition de la même question : "reverrai-je", à l'initiale des vers 5 et 7, traduit un sentiment de nostalgie d'autant plus fort (et discret en son expression), que la première question : "Quand reverrai-je", est une interrogation partielle, alors que la seconde : "Reverrai-je" est une interrogation totale. La question ne porte plus sur la date mais sur le fait. Les adjectifs épithètes, "petit (village)" et "pauvre (maison)" ont de ce fait une valeur affective. L'expression du sentiment semble même déséquilibrer le vers : l'on constate en effet deux enjambements :

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Ajoutons enfin le lexique, qui associe "pauvre maison" et "petit village" à "une province" (c'est-à-dire un domaine qui peut être un royaume) par la tournure définitive et de subjectivité affirmée : "qui m'est". Le double adverbe "beaucoup davantage" clôt le quatrain avec une lourdeur qui révèle l'insistance, voire le poids de la nostalgie. Poids que confirme l'emploi du présent, opposé aux deux futurs : présent d'énonciation ou "présent étendu", il marque ici une certitude : celle du sentiment.

Enfin, la cheminée qui fume et le clos (jardin muré) évoquent une intimité modeste mais chaleureuse : le séjour auprès du feu et celui sous quelques arbres familiers : le passage des saisons, leur retour...

Le lyrisme prend une tournure différente dans les deux tercets, où l'on retrouve l'emploi de la première personne du singulier, l'expression de la subjectivité personnelles avec le verbe "plaire" et l'adjectif "petit", ... Ces deux tercets seront toutefois examinés dans le développement suivant.


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M. Urnauer 26/05/2009 12:52

Préférez l'original à la (honteuse) copie :

http://jeanmichel.messiaen.free.fr/fiches/lmDB31.htm

Décidément, Arthur, le copié-collé est l'une de tes spécialités !...

Le fourbe 22/05/2009 22:07

Cool une photo utile (je vai pouvoir faire du coloriage!!!!! ^^)