Roger Rouxel à sa fiancée et à sa famille

Publié le par M. Urnauer

Roger Rouxel à sa fiancée et à sa famille

 

( né à Paris en 1925. Jeune résistant, il combat au sein des groupes FTP-MOI de la région parisienne. Il est l'un des trois Français accusés lors du procès mis en valeur par les nazis, notamment à travers l' « Affiche Rouge », pour discréditer la Résistance. )

 

Chère petite Mathilde chérie,

Je t'écris une première et dernière lettre qui n'est pas très gaie : je t'annonce ma condamnation à mort et mon exécution pour cet après-midi, à quinze heures, avec plusieurs de mes camarades. Je te demande d'avoir beaucoup de courage ; je vais mourir en pensant à toi jusqu'à la dernière minute comme j'ai toujours pensé.

Je meurs courageusement et en patriote pour mon pays, j'ai fait mon devoir de soldat, je te demande d'oublier ce cauchemar et te souhaite d'être heureuse, car tu le mérites ; choisis un homme bon, honnête et qui saura te rendre heureuse. Conserve ma mémoire le temps que tu voudras, mais il faut te dire une chose, personne ne vit avec les morts.

J'avais fait pour toi et moi de beaux projets, mais le sort en a décidé autrement. Je te jure que je n'ai jamais eu un moment de défaillance. Je meurs en soldat de la Libération et en Français patriote.

Tu demanderas si tu le désires à mes parents chéris, que je vais quitter avec un grand regret, un souvenir de moi qui ne devra jamais te quitter.

Tu diras aussi à tous mes camarades que tu connais que je les quitte en pensant à eux, qu'ils pensent un peu à leur camarade qui est mort pour sa patrie.

Chère Mathilde, j'aurais bien voulu ainsi que mes parents vous serrer une dernière fois dans mes bras, mais le temps me manque. Je pense tendrement à tes parents, à toute ta famille que je regardais déjà presque comme la mienne ; mon dernier souvenir va aussi vers tous les voisins et amis que je quitte en embrassant de tout coeur.

J'espère que le souvenir de mes camarades et le mien ne sera pas oublié car il doit être mémorable, petite Mathilde. Je te demande d'être heureuse, c'est ma dernière volonté.

Ma lettre n'est pas très bien écrite, mais ce n'est pas de ma faute, conserve-la parmi les objets qui te sont les plus précieux.

Je termine en t'embrassant de tout mon coeur et ton souvenir m'accompagne jusqu'au bout.

Ton petit ami qui te quitte pour toujours.

 

                                                                                                          Roger Rouxel.

 

VIVE LA FRANCE.

 

 

Mes parents chéris et Cher petit frère,

Je vous écris une dernière lettre en vous annonçant ma condamnation à mort. Je vais être exécuté cet après-midi à trois heures, avec plusieurs camarades.

Je vous demande d'avoir beaucoup de courage, comme moi-même. Je sais que c'est une chose horrible pour vous, mais je vous demande de survivre pour que quelqu'un puisse penser à moi et pour mon petit frère chéri Paul, car il faut l'élever pour en faire un homme. Petit frère chéri, j'espère que tu tiendras le serment que je te demande, avant de mourir : aime Papa et Maman de toute la puissance et la force de ton coeur et, quand tu seras grand et un homme, protège-les de toutes tes forces. Je vais mourir en étant sûr que tu respecteras mes dernières volontés.

Chers Maman et Papa, je meurs pour ma Patrie, j'ai fait mon devoir de Français ; le sort a seulement mal tourné. Pardonnez-moi de vous avoir caché le travail secret que je faisais, mais il était impossible de vous le faire connaître car vous m'auriez empêché de le pratiquer. Je vais mourir en pensant à vous trois et, à la dernière minute, j'aurai votre nom à mes lèvres et votre visage devant mes yeux. Je regrette de ne vous avoir pas montré à quel point je vous aimais, mais je fais le serment de vous avoir aimés de toute la force de mon âme. Si vous ne vous en êtes pas aperçus, c'est de ma faute, mais apprenez cette chose de ma bouche : j'étais malade, je n'étais pas toujours maître de moi-même, voilà la raison pour laquelle vous avez souffert. Pardonnez-moi ; envers vous, j'ai été coupable.

Je pense aussi à toute la famille que je vais quitter.

Je les embrasse de tout mon coeur, sans exception. Je les ai tous aimés comme vous-mêmes. Je vous demande à tous de conserver le plus longtemps possible ma mémoire parmi vous.

Je meurs en Français, courageusement et la tête haute.

Je vous dis une dernière fois adieu à tous et vous embrasse tous de tout mon coeur.

Votre fils, frère, neveu, cousin, petit-fils.

                                                                                              Roger Rouxel.

 

VIVE LA FRANCE.

Publié dans Lettres de fusillés

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