Joseph Epstein à sa femme et à son fils

Publié le par M.Urnauer

Joseph Epstein à sa femme et à son fils – Prison de Fresnes – 11 avril 1944

 

( né en 1911à Zamosc, en Pologne. Appartient à une famille aisée de culture yiddish. Très jeune, il participe, dans les rangs du Parti communiste polonais, à la lutte contre le gouvernement autoritaire de Pilsudski. En 1932, il doit s'exiler et choisit la France. De 1936 à 1939, il combat aux côtés des républicains espagnols dans les rangs des Brigades Internationales. A son retour, il s'engage dans l'armée française ; fait prisonnier pendant la campagne de 1940, il est envoyé en prison outre-Rhin, s'en évade et rejoint la lutte clandestine en France. En 1942, il organise l'ensemble des « groupes de sabotage et de destruction » (GSD), créés par les syndicats dans les entreprises travaillant pour l'occupant. En mai 1943, après une vague d'arrestations, il devient le chef des FTP de la région parisienne, sous le pseudonyme de « colonel Gilles ». Cette fonction militaire lui permet d'instaurer une tactique de guérilla urbaine que mettent en oeuvre les FTP-MOI. Il est arrêté le 16 novembre 1943, à Evry-Petit-Bourg, lors d'un rendez-vous avec Missak Manouchian. Il est fusillé au mon Valérien, le 11 avril 1944, avec vingt-huit autres résistants.)

 

Ma petite Paula bien-aimée,

Fidèle jusqu'au dernier souffle à mon idéal, cet après-midi à 15 heures, je tomberai fusillé.

Je te laisse avec notre petit garçon chéri. Je ne pense qu'à vous deux. Je vous aime tellement, je t'aime tellement, ma petite chérie. Je te demande pardon de tout le mal que j'ai pu te faire. Tu m'as donné tellement de bonheur. Maintenant j'y repense ; je revis ces instants de bonheur passés près de toi et près de notre petit garçon chéri. Sois courageuse, ma petite bien-aimée. Défends notre petit Microbe chéri. Elève-le en homme bon et courageux. Parle-lui souvent de moi, de son papa-car qui l'aime tellement, qui vous aime tellement.

Mes derniers instants, je veux les consacrer à vous. Je te revois, avec notre petit trésor dans les bras, m'attendre à la descente du car. J'entends son rire, je revois tes yeux de maman l'envelopper de tant de tendresse. Je l'entends m'appeler « papa », « papa » ! Soyez heureux tous les deux et n'oubliez pas votre « papa-car ».

Je saurai mourir courageusement et, face au peloton d'exécution, je penserai à vous, à votre bonheur et à votre avenir. Pensez de temps en temps un peu à moi.

Du courage, ma Paula bien-aimée. Il faut élever notre petit garçon chéri. Il faut faire de lui un homme bon et courageux. Son papa lui laisse un nom sans tache. Aux moments de découragement, pense à moi, à mon amour pour vous deux, à mon amour immense qui ne vous quitte pas, qui va vous accompagner partout et toujours. Ma bien-aimée, ne te laisse pas abattre, tu seras à partir de 15 heures le papa et la maman de notre petit chéri.

Sois courageuse et encore une fois pardonne-moi le mal que je t'ai fait. Te dis, ma Paula bien-aimée, tout mon amour pour toi et notre petit Microbe chéri. Vous serre tous les deux dans mes bras. Vous embrasse de tout mon coeur.

Vive la France, Vive la liberté !

 

 

Mon petit Microbe, mon fils,

Quand tu seras grand, tu liras cette lettre de ton papa. Il l'a écrite 3 heures avant de tomber sous les balles du peloton d'exécution. Je t'aime tellement, mon petit garçon, tellement, tellement. Je te laisse seul avec ta petite maman chérie. Aime-la par-dessus tout.

Rends-la heureuse, si heureuse. Remplace ton papa-car auprès d'elle. Elle est si bonne ta maman, et ton papa l'aime tellement. Console-la, mon petit garçon chéri, soutiens-la. Tu es tout maitenant pour elle. Donne-lui toute la joie. Sois bon et courageux.

Je tomberai courageusement, mon petit Microbe chéri, pour ton bonheur [et celui] de tous les enfants et de toutes les mamans. Garde-moi un tout petit coin dans ton coeur.

Un tout petit coin, mais rien qu'à moi. N'oublie pas ton papa-car. Mon petit fils chéri, je revois ta petite figure souriante, j'entends ta voix si gaie. Je te vois de tous mes yeux. Tu es tout notre bonheur, le mien et celui de ta maman chérie.

 

Obéis à ta maman, aime-la par-dessus tout, ne lui cause jamais de chagrin. Elle a déjà tellement souffert. Donne-lui tellement de bonheur et de joie.

Mes derniers instants. Je ne pense qu'à toi, mon petit garçon chéri et à ta maman bien-aimée. Soyez heureux dans un monde meilleur, plus humain. Vous dis encore une fois tout mon amour. Sois courageuse, ma petite Paula chérie. Aime ta maman par-dessus tout, mon petit garçon chéri, mon petit Microbe chéri. Sois bon et courageux, n'oubliez pas votre papa-car. Vous serre tous les deux dans mes bras. Vous embrasse de toutes mes forces, de tout mon coeur, votre papa-car.


Mes amitiés à tous nos amis.

Publié dans Lettres de fusillés

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