"Arrêter les pendules" Auden (Margaux)

Publié le par 1ères S2 et S3

Arrêter les pendules, couper le téléphone,
Empêcher le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne,
Faire taire les pianos et les roulements de tambour
Sortir le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent ces trois mots Il Est Mort,
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices
Ganter de noir les mains des agents de police.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.
Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye
Démontez la lune et le soleil
Videz l'océan, arrachez les forêts
Car rien de bon ne peut advenir désormais.

Wystan Hugh Auden (1907-1973)



Ce texte été écrit par Wystan Hugh Auden, un poète et dramaturge d'origine britannique, né en 1907 et est extrait du recueil Tell me the truth about love (Dis moi la vérité sur l’amour) publié a 1976, 3 ans après sa mort. Auden est souvent considéré comme le poète de la langue anglaise le plus influent depuis T.S. Eliot. Il n’est pas un auteur très lu par les lecteurs français. Pourtant, ce texte ne vous est peut être pas aussi inconnu. Vous l’avez surement entendu dans Quatre mariages et un enterrement de Mike Newell. La lecture du poème dans le film se déroule dans une atmosphère de larmes et de tristesse, la mort de quelqu’un de cher. C’est dans ce même contexte qu’Auden rédigea ces vers lui permettant d’exprimer toute la douleur et la peine qui lui pesaient. Ce texte fut chanté lors de l’enterrement de son véritable compagnon, Chester Kallam.


 
Il faut savoir que de ce poème est une traduction. Il fut rédigé en anglais sous le nom de Funeral Blues. De nombreuses traductions de ce texte existent mais il fut difficile pour les traducteurs de retrouver en français, le type de mètres et de rimes qu’utilisa Auden. Voila pourquoi nous pouvons dire que ce texte est en vers libres. Il est composé de quatre quatrains avec des mètres très variés. Le rythme est plus souple, ce qui nous approche à une respiration de la parole plus « naturelle ». Les rimes ont une disposition plate excepté au vers 12 qui, justement par rapport a cette traduction, n’est pas relié avec le vers précédent. Pourtant, cela ne gâche en rien le charme du poème.


Auden instaure, dans son texte, la vie de tous les jours, tout ce qui l’entoure dans son quotidien. On remarque une progression au niveau des objets et éléments qu’il utilise ainsi qu’à son désir du silence, puis d’une atmosphère noire, et ensuite du vide. Il commence à vouloir le silence de ce qui l’entoure dans son intimité, dans son foyer comme les pendules, le téléphone, le chien. Dans la deuxième strophe, nous avons l’impression qu’il possède une vision moins intime de son mal, comme ci il sortait de chez lui pour réclamer le deuil et la tristesse dans la ville. « Nouer les voiles noires aux colonnes des édifices », « Ganter de noir les mains des agents de police ». A la dernière strophe, sa vision est encore plus vaste, il est encore plus loin. Il veut que la terre toute entière se taise, se vide et disparaisse. Les verbes qu’il utilise lui permettent également de montrer son désir à ce que tout s’arrête tels que « Arrêter », « Empêcher », « Sortir », « Démonter », « Vider » … On observe que tous ces verbes sont d’action et à l’infinitif, cela accentue la brutalité de son malheur.

 

 


Il existe, dans ce texte, une toute autre progression de la façon pour l’auteur d’exprimer son mal et de montrer l’amour qu’il portait pour cet homme. Son déchirement est toujours le même pourtant il devient plus explicite et peut être aussi plus brutal au fil des vers. C’est à la dernière strophe que l’on comprend sans nul doute que cet homme était la seule chose qui lui permettait de vivre. En effet, il commence par désirer l’arrêt de choses simples et possibles, tel que le téléphone ou l’aboiement d’un chien et petit à petit il voudrait que l’on démonte la lune, que l’on vide l’océan, des choses impossibles et qui n’ont pour lui plus aucune importance. Il veut que la vie s’arrête, que le monde cesse de tourner. Son regard sur les choses a totalement changé.

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1ères S2 et S3 04/10/2012 22:40

Bonjour Frédérique,
Vous pouvez me joindre à partir de cette adresse mail :
lurnauer@wanadoo.fr

à bientôt, peut-être
Laurent URNAUER

deziles frédérique 30/09/2012 10:24

Je suis professeur à Mayotte et nous étudions aussi ce poème avec mes élèves de 1ère L. Pourrait-on entrer un contact pour un éventuel e-mail twinning? Merci!