A ma mère (Emilie)

Publié le par 1ères S2 et S3

                                                                                                      
Ecoute Maman, je vais te raconter 
Ecoute, il faut que tu comprennes 
Lui et moi on n'a pas suppoté 
les livres qu'on brûlait
Les gens qu'on humiliait
Et les bombes lancées
Sur les enfants d'Espagne
Alors on a rêvé 
De fraternité...

Ecoute Maman, je vais te raconter,
Ecoute, il faut que tu comprennes
Lui et moi on n'a pas supporté 
Les prisons et les camps
Ces gens qu'on torturait
Et ceux qu'on fusillait 
Et les petits-enfants
Entassés dans les trains
Alors on a rêvé 
De liberté 

Ecoute Maman, je vais te raconter,
Ecoute, il faut que tu comprennes                                                                           
Lui et moi on n'a pas supporté
Alors on s'est battu 
Alors on a perdu 

Ecoute Maman, il faut que tu comprennes
Ecoute, ne pleures pas ...
Demain sans doute ils vont nous tuer 
C'est dur de mourir à vingt ans 
Mais sous la neige germe le blé                                                 
Et les pommiers déjà bourgeonnent 
Ne pleure pas
Demain il fera si beau 
                                             Gisèle GUILLEMOT



Gisèle GUILLEMOT a écrit ce poème en juillet 1943 pendant qu'elle était emprisonnée à Fresnes. Née dans le Calvados en 1922, elle entre dans la Résistance en 1940 avec cinq de ses camarades. Certains d'entre eux seront fusillés, d'autres décèderont des suites de blessures infligées par les nazis. Gisèle GUILLEMOT fût la seule survivante bien que condamnée à mort par le tribunal spécial de Lübeck. Après avoir écrit de nombreux ouvrages retranscrivant sa vie pendant la guerre, elle sillone aujourd'hui la France pour faire part à des collégiens et lycéens de son expérience et de son sens du combat pour la liberté.  A ma mère,  est l'un de ces poèmes les plus connus.

Ce poème de quatre strophes compte trente deux vers dont les mètres sont aléatoires. C'est un poème de forme libre basé sur la répétition des trois premiers vers. Ces anaphores donnent un rythme à ce poème qui pourrait s'apparenter à une lettre. On note la présence d'enjambements dans ce poème (vers 6-7).
 Dans son poème, l'auteur  suggère par l'emploi du pronom "lui" la présence d'une autre personne (en l'occurence d'un homme) à ses côtés. Bien qu'anonyme, on devine qu'un lien fort les unit. Frère, Ami, Amant ? 
A travers les trois premières strophes de ce poème, Gisèle GUILLEMOT raconte à sa mère son combat pour la liberté, pour la paix. Après une réference à la guerre d'Espagne, elle évoque la lutte contre l'envahisseur. Elle dénonce dans un langage simple, les actes de torture, de barbarie infligés dans les camps et les prisons (deuxième strophe). 
La dernière strophe met en parallèle l'idée de mort et celle de naissance (voire de renaissance). L'auteur fait le lien entre un thème lourd appuyé par le champ lexical de la violence, de la mort ("bombes", "torturait", "fusillait", "tuer"...) et un thème plus léger, celui de l'espoir cette fois-ci appuyé sur le champ lexical de la nature ("neige", "blé", "pommiers", "bourgeonnent").  Les vers 29 et 30 sont selon moi, les plus révélateurs de cette idée.
L'absence de ponctuation finale à ce poème peut sembler intriguante. Alors que l'auteur annonce sa fin inéluctable, l'omission du point final peut-être le moyen de traduire l'espoir qu'il a de survivre, une facon de se dire que son histoire n'est pas terminée. 
Dans ce poème, c'est la fille qui tente de rassurer sa mère. Les rôles mère-fille sont donc ici inversés. Leur relation paraît très forte. Ce poème engagé, semble également faire office de lettre d'adieu.  Voilà pourquoi j'aime ce poème.




J'ai choisi cette image, non pas pour illsutrer le poème mais pour illustrer les conditions dans lesquelles l'auteur l'a ecrit. Rappelons que cette dernière l'avait écrit alors que 'elle était emprisonnée à Fresnes. 



                                                                                                                                                                                                                                        
                                                                                                          


 

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M. Urnauer 28/05/2009 23:47

Poème qui accompagne très bien celui de Marianne Cohn. On sent la portée universelle, poignante et émouvante, non seulement de ce poème, mais de l'interprétation que tu nous en proposes. Et l'on se sent empreint de compassion (même si l'on ne sait trop qu'en faire et comment le dire ...).
Gisèle Guillemot devait être une jeune fille très courageuse. Elle a toute mon estime.

Mion 26/05/2009 18:33

très beau poème très sentimentale, l'expression des sentiments est pure et simple, que de douceur au milieux de toute la souffrance de l'époque.