Je vis, je meurs ... (Emilie)

Publié le par 1ères S2 et S3



Je vis, je meurs...


Je vis, je meurs : je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m'est et trop molle et trop dure ;
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.


Tout à un coup je ris et je larmoies,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène :
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur. 

                                                  Louise Labé
                                                     sonnet VIII






Femme du XVI ème siècle, Louise Labé aussi surnomée la "Belle Cordière" est l'une des plus grandes dames de la poésie lyrique française. Brillante et culivée, elle fait partie tout comme sa consoeur Pernette du Guillet de "l'école lyonnaise". C'est de son oeuvre Elegies et Sonnets qui comprend trois élegies et vingt-quatre sonnets qu'est tiré le poème " Je vis, je meurs... "

Ce poème de quatorze vers répartis en quatre strophes et écrit en décasyllabes est un sonnet. Ce poème à forme fixe est donc composé de deux quatrains et de deux tercets. L'ensemble est rimé ABBA ABBA CDC CDD. Les rimes des deux premiers quatrains sont dites embrassées, celles du premier tercet  sont croisées contrairement à celles du second qui sont plates. Les rimes peuvent être pauvres ou suffisantes.

La présence du pronom personnel "je" traduit l'implication de l'auteur dans ce poème. Ayant pour thème principal, l'amour (et plus précisement l'état amoureux) , ce poème peut être qualifié de lyrique. Tout au long du poème on relève la présence d'antithèses. Ainsi on note dès le premier vers, l'opposition entre "vis/meurs" et "brûle/noie". Des antithèses fondées sur des termes forts, violents qui traduisent l'état de confusion provoqué par le désir amoureux. Le poème est donc fondé sur un certain paradoxe. Les deux premiers quatrains sont construits sur un parallélisme entre l'état mental ( vers 3 ) et l'état physique ( vers 5 ) de la narratrice.
Le champ lexical dominant majoritairement le poème est celui de la douleur : "peine", "malheur", "tourment".
Le terme "Ainsi " ( vers 9 ) marque le passage du quatrain au tercet mais sert surtout d'amorce à une certaine conclusion. La présence d'une majuscule au mot "Amour" traduit une personnification de ce dernier. De plus, celui-ci est sujet des verbes "mener" (vers 9) et "remettre" (vers 14 ). Il y a donc une certaine forme de soumission. Ces deux tercets présentent les deux voies que peut emprunter le poète face à ce sentiment qualifiable ici de destructeur. 
Les antithèses et autres juxtapositions donnent un rythme soutenu au poème.  

J'aime la simplicité avec laquelle les sentiments sont exprimés dans ce poème. Les sentiments tout comme les notres évoluent au fil des vers. Louise Labé parvient à nous les faire partager mais aussi et surtout à nous plonger dans son oeuvre. 


Un masque ; quoi de plus simple pour changer d'expression, de sentiment. Tout dans ce poème n'est que contradiction, les sentiments opposés ne cessent de s'entremêler. Au fil des vers, ils changent tout comme nous pourrions en changer avec un masque. 

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