[ Steffi ]

Publié le par 1ères S2 et S3

Barbara


      Rappelle-toi Barbara

      Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
      Et tu marchais souriante
      Épanouie ravie ruisselante
      Sous la pluie
      Rappelle-toi Barbara
      Il pleuvait sans cesse sur Brest
      Et je t'ai croisée rue de Siam
      Tu souriais
      Et moi je souriais de même
      Rappelle-toi Barbara
      Toi que je ne connaissais pas
      Toi qui ne me connaissais pas
      Rappelle-toi
      Rappelle-toi quand même ce jour-là
      N'oublie pas
      Un homme sous un porche s'abritait
      Et il a crié ton nom
      Barbara
      Et tu as couru vers lui sous la pluie
      Ruisselante ravie épanouie
      Et tu t'es jetée dans ses bras
      Rappelle-toi cela Barbara
      Et ne m'en veux pas si je te tutoie
      Je dis tu a tous ceux que j'aime
      Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
      Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
      Même si je ne les connais pas
      Rappelle-toi Barbara
      N'oublie pas
      Cette pluie sage et heureuse
      Sur ton visage heureux
      Sur cette ville heureuse
      Cette pluie sur la mer
      Sur l'arsenal
      Sur le bateau d'Ouessant
      Oh Barbara
      Quelle connerie la guerre
      Qu'es-tu devenue maintenant
      Sous cette pluie de fer
      De feu d'acier de sang
      Et celui qui te serrait dans ses bras
      Amoureusement
      Est-il mort disparu ou bien encore vivant
      Oh Barbara
      Il pleut sans cesse sur Brest
      Comme il pleuvait avant
      Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
      C'est une pluie de deuil terrible et désolée
      Ce n'est même plus l'orage
      De fer d'acier de sang
      Tout simplement des nuages
      Qui crèvent comme des chiens
      Des chiens qui disparaissent
      Au fil de l'eau sur Brest
      Et vont pourrir au loin
      Au loin très loin de Brest
      Dont il ne reste rien.

 


 

Jacques Prévert

Jacques Prévert est un poète et scénariste français né en février 1900 à Neuilly-Sur-Seine. Il devient populaire gràce à son lnaguage familier et ses jeux de mots. Il s'ennuie à l'école, et dès 15 ans, après son certificat d'études, il quitte l'école et multiplie les petits travaux. En 1925, il participe au mouvement surréaliste. Il est le scénariste et dialoguiste de grands films français des années 1935-1945. Il publie son premier recueil, Paroles, à la fin de la Seconde guerre mondiale. Il meurt  en avril 1977 suite à un cancer des poumons.


Le poème Barbara de Jacques Prévert paru en 1946. C'est un texte de circonstances qui se réfère aux 165 bombardements de la ville de Brest entre le 19 juin 1940 et le 18 septembre 1944. La destruction complète de la ville inspire une réflexion pessimiste sur l'amour et la vie.
Le poème est structuré en vers libres et sans strophe ce qui peu troubler, comme la guerre dans les esprits.
Le thème dominant de ce poème est le souvenir. L'auteur emploit une anaphore " Rappelle-toi " (v1,6,11,14,15,23,29,). Ce qui montre un caractère obsessionel de l'auteur. Il écrit à l'imparfait "pleuvait " (v2), " marchais " (v3), " souriais " (v9)... La lettre " B " forme comme un écho. On l'a retrouve dans " Barbara " et dans " Brest " plusieurs fois dans le poème. Du v3 au v22, la pluie est associée au bonheur des deux personnages " Tu marchais souriante " (v3), " Il pleuvait sans cesse sur Brest " (v7) . " pluie sage et heureuse " (v31) est un oxymore. " pluie " et " heureuse " ne sont pas tellement compatible. La pluie renvoit normalement à la tristesse, la mélancolie et n'a pas une conotation péjoratif alors que " heureuse " si. Au v38 il y a une rupture dans le poème, la guerre est accentué par la suite. " Quelle connerie la guerre " (v38). Jacques Prévert emplois ici le language familier, " connerie " qui est aussi un therme péjoratif, qui exprime comme une colère, un dégout de la guerre. v40 " sous cette pluie de fer " est une métaphore, le fer renvoit au matériaux de la guerre. L'auteur marque le doute, l'incertitude que laisse la guerre dans les esprits par rapport a la mort, (v44) " Est-il mort disparu ou bien encore vivant ". Ce couple séparé ici est emblématique de tout les autres détruis par la guerre. La répétition de " Ô Barbara " (v36 et 45) montre l'impuissance des personnages face à la situation. La pluie exprimée tout au long du texte renvoit à la tristesse de Barbara, en évoquant ces souvenirs l'auteur espère la revoir sourire, heureuse.


Ce poème marque un arrêt sur le passé, sur le souvenir. Le paysage devient le miroir du bonheur mais aussi du malheur.



J'ai assicié cette image au poème Barbara de Jacques Prévert puisque je trouve qu'elle représente bien la femme laissé seul par la guerre qui prend l'homme.

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