Dimanche 17 mai 7 17 /05 /Mai 17:08

Où vont tous ces enfants ...

...
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu: - Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes !
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les coeurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !


Victor Hugo

Dans ce poème engagé,composé de 34 vers en alexandrins tous en rimes plates
Victor Hugo défends et dénonce le travail des enfants car en effet avec la révolution industrielle les enfants furent mis au travail dans les mines ou beaucoup dans les usines textiles. tout d'abord on peut distinguer plusieurs parties dans ce poème d'abord l'auteur décrit les conditions de travail des enfants ce qui correspondrais aux 12 premiers vers puis du vers 13 au vers 22 l' auteur parle à la place des enfants pour amener sa seconde partie qui constitue un réquisitoire contre le progrès et fait un bref éloge du "vrai travail".
Dans la première partie l' auteur commence habilement son poème par une sorte de questionnement: les 3 premiers vers se termine par un point d'interrogation ce qui lui permet d'attirer tout de suite notre attention.Victor Hugo nous dresse un portrait d'enfants( comparé aussi à des "anges" ), ou plutôt de "doux êtres pensifs"( on peut supposer que ce terme en opposition au travail répétitif "le même mouvement" et bête " qui ferait [...] de Voltaire un crétin" peut aussi se traduire par "songeur" qui sous-entends qu'à cause du travail ces enfants auraient perdus de leur innocence) tristes maigres et affaiblis par un travail arrassant, accablant (vers 18 "travail dont le souffle étouffant" allitération du "f" crée un rythme allongé qui mime la dureté du travail) et bête. Le travail est comparé à "un enfer",une "prison" et à un"bagne" sans fin ("faire éternellement" qui renforce aussi la comparaison avec l'enfer) où les enfants sont "Innocents" dans le sens où ils sont pures et que leur labeur est une injustice ( prémisce du réquisitoire, annonce la plainte des "enfants" où plutôt de l'auteur devant Dieu).
A partir du vers 13, l'auteur prend la parole à travers celle des enfants et fait leur plaidoirie devant Dieu (:"notre père, voyez", apostrophe de Dieu) affirmant que ce travail répititif "servitude infâme imposée à l'enfant" détruit la pensée, la beauté et la créativité propre à l'enfance et même plus loin "retire l'âme à l' homme" au profit de la machine.
Cette plaidoirie devant Dieu constitue une transition vers la fin du poème où Victor Hugo dénonce explicitement le "Travail" et le "Progrès" tous deux personnifiés pour en fait désignés les gens ( en effet VH ecrit le "vrai travail" sans majuscule) qui le prônent et l'utilisent pour faire toujours plus de profits:"Qui(le Travail) produit la richesse en créant la misère"
Les deux derniers vers ont l'éloge du "vrai travail" qui "rend l'homme heureux" et "le peuple libre" qui épannouit les esprits et les coeurs.
Avec une habile première partie dont le but est de nous émouvoir, VH arrive à imposer ses idées dans un réquisitoire véloce contre le progrès ou plutôt les gens qui l'utilisent à des fins personnelles dans le but de rechercher du profit même s'il faut tuer au sens physique et psychologique des enfants et même des hommes.Ce poème est peut-être encore plus d'actualité avec les milliers d'enfants et d'hommes des pays en développement qui travaillent dans des conditions inhumaines pour faire de l'argent dont ils ne profiteront bien sur pas.
J'ai mis plusieurs photos plutôt éloquentes sur le travail des enfants et les injustices qui caractérisent notre époque.La musique par contre n'à rien avoir avec ce sujet mais ça n'empêche pas.

Par 1ères S2 et S3 - Publié dans : poèmes choisis par les 1ères S2
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