Les enfants qui s'aiment - Jacques Prévert [Ophélia]

Publié le par 1ères S2 et S3

Les enfants qui s'aiment

Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s'aiment
Ne sont là pour personne
Et c'est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour

Jacques Prévert (1900-1977)
Spectacle, 1951





        Jacques Prévert est né en 1900 à Neuilly-sur-Seine. Dès quatorze ans, il décide d'arrêter l'école et incorpore la marine en 1917, où il se découvre une passion pour la littérature. Un peu plus tard, il est séduit par les idées surréalistes que défendent des hommes tels que Desnos, Breton ou encore Arragon, et notamment leur anticonformisme à l'égard de l'écriture traditionnelle.
C'est après la Seconde Guerre Mondiale que Prévert publie ses premiers recueil qui sont Paroles et Spectacle. Grâce à son écriture pleine d'humour, de tendresse et de simplicité, il devient la figure emblématique de la poésie populaire française.
Le poème Les enfants qui s'aiment est justement tiré de son recueil
Spectacle.

        Ce poème est composé de treize vers, qui ne sont pas divisés en différentes strophes. Les vers ici sont libres, puisque dès les deux premiers vers le nombre de syllabe est nettement différent. On note également la quasi absence de rimes, si ce n'est sinon par la répétition du terme "nuit" à la fin de plusieurs vers, ou encore avec la répétion du son "our" des les deux derniers vers.
La pointe du poème invite à croire que le changement s'opère après le premier amour, à la désillusion d'un monde merveilleux et sans défaut.
Ensuite, au vers 6, les enfants sont désignés par "leur ombre", que qui peut relever d'une forme de métonymie. 
De plus, aux vers 11 et 12 on a affaire à un parallélisme avec la répétition d'un même schéma syntaxique: "Bien plus loin quela nuit
Bien plus haut que le jour"
On observe également deux enjambements qui sont "Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
Contre les portes de la nuit" (v. 1-2) ou encore: "Et c'est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit" (v. 6-7). Ainsi, le deuxième vers et les derniers mots du premier vers de chaque extrait est mis en évidence.
En outre, ce poème inspire des rires d'enfants heureux dans la tête du lecteur, du moins c'est ce qui s'est produit pour ma part... Il s'agit d'une des raisons de mon choix du poème de Prévert.

        Ce que est vraiment plaisant dans ce poème, c'est la mainère dont Jacques Prévert arrive à faire passer des messages avec cette simplicité, sans employer de mot incompréhensible. Ensuite, le sujet du poème est vraiment paradisiaque. En effet, quand ressent-on un bonheur plus fort que lors d'un premier amour naïf et où on n'imagine pas qu'une chose puisse y mettre fin?
Combien diront que leur période la plus heureuse était leur enfance? Lorsqu'on voit les vers 8 et 9:
"Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leurs envies", cela s'explique tout simplement par la jalousie et le désir des passants adultes d'être encore comme ces enfants qui s'aiment. D'ailleurs, ce qui est le plus représentatif du bonheur des enfants, est présent dans les vers 4 et 5:
"Mais les enfants qui s'aiment
Ne sont là pour personne".
Cette citation montre à quel point les enfants sont dans leur bulle de bien-être et de joie, se fichant du doigt des passants fixé sur eux. 




L'image que j'ai choisi pour illustrer le poème de Jacques Prévert peut paraître complètement hors sujet à première vue. Il s'agit d'une gravure de E. Bourdelin représentant les anciennes Halles centrales à Paris.
En effet, j'ai voulu prendre une illustration des Halles au temps d'Emile Zola, et notamment donc au moment de son écriture du Ventre de Paris
Effectivement, l'amour naïf de deux enfants, comme dans ce poème, au milieu de toute la cruauté présente dans le monde, m'a tout de suite fait pensé à l'idylle entre Cadine et Marjolin au milieu de la guerre entre les Gras et les Maigres dans Le Ventre de Paris, et comme l'action se déroulent aux Halles vers 1870, cela explique maintenant entièrement mon choix d'image.



Ce morceau est la reprise du texte de Prévert, mis en musique par Yves Montand en 1962. Cette chanson sera reprise plus tard par Juliette Greco, et il est également possible de l'écouter, pour ceux qui souhaitent comparer les deux versions...

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BOZZ 24/11/2014 19:06

AMK

M. Urnauer 27/05/2009 23:45

Effectivement;l'association entre l'image et le poème est des plus inattendues (mais c'est comme cela que je les préfère, pour ma part !... ) et tu l'expliques très bien (il valait mieux, tout de même ... ^^ )