Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin.Victor Hugo. (Hélène L.F)

Publié le par 1ères S2 et S3

1  Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

    De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;

    Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;

    Elle entrait et disait : « Bonjour mon père » ;

5  Prenait ma plume, ouvrait mes livres s’asseyait

    Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,

    Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe. 


    Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,


    Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,


10 Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent


    Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,


    Et mainte page blanche entre ses mains froissée


    Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.


    Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,


15 Et c'était un esprit avant d'être une femme.


    Son regard reflétait la clarté de son âme.


    Elle me consultait sur tout à tous moments.


    Oh! que de soirs d'hiver radieux et charmants


    Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,


20 Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère


     Tout près, quelques amis causant au coin du feu !


     J'appelais cette vie être content de peu !


     Et dire qu'elle est morte! hélas! que Dieu m'assiste !


     Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste ;


25 J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux


     Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

 

Novembre 1846, jour des morts

Victor Hugo, les contemplations

 




 

Victor Hugo est né à Besançon en 1802. Il écrivit dans plusieurs registres littéraires. Après son exil en Angleterre sous l’Empire de Napoléon III, il écrivit les Châtiments (1853) où il fait une satire de l’Empereur. En 1856, il écrivit les Contemplations dont est extrait le poème que nous allons étudier qui appartient plutôt au registre lyrique. Il s’essaie même au registre mythologique dans la légende des siècles (1859-1883). Victor Hugo fut l’une des figures principales du courant romantique, habituellement, lié à l’expression des sentiments envers une femme aimée, Hugo ici s’en sert pour exprimer la tristesse, la douleur infligée par la mort de sa fille Léopoldine. L’écriture de Victor Hugo a grandement été influencée par cet événement : dans son recueil des contemplations, séparé en deux livres par la mort de la fillette on distingue deux temps « autrefois » qui décrit le souvenir des jours heureux avant la mort de Léopoldine et « aujourd’hui » qui décrit la souffrance et le manque de l’être cher, Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin est extrait de ce dernier.Victor Hugo décède en 1885.

 

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin n’est pas divisé en strophe, néanmoins on peut lier les 26 alexandrins deux à deux par leurs rimes plates dont la qualité varie, elle peuvent être soit pauvres « feu/peu » soit suffisantes « enfantin/matin » ou riches « espère/père ». On remarque une rupture dans le rythme du poème, par exemple par des enjambements (vers 5-6 ; 8-9 ; 10-11), on peut relever un vers écrit au rythme ternaire « prenait ma plume/ ouvrait mes livres/ s’asseyait ». Le poème est écrit à l’imparfait qui est employé pour évoquer des habitudes appartenant désormais au passé, sauf le vers 23 « Et dire qu'elle est morte! hélas! que Dieu m'assiste !
 » ceci ramène le poète à la réalité du présent, présent auquel sa fille n'appartient désormais plus.

Pour décrire le passage sa fille, V. Hugo emploie un champ lexical lié à l’enfance qui connote à l’insouciance et à l’innocence « dérangeait mes papiers »  « riait » « oiseau qui passe » « arabesque folle » « clarté de son âme ». Léopoldine est ici représentée comme la muse, l’égérie de son père

« Et mainte page blanche entre ses mains froissée


   Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
 »

L’idée principale du poème est d’abord de montrer l’importance que prenait sa fille dans sa vie, et de lui témoigner son amour, mais on peut aussi élargir jusqu’à sa conception du bonheur qui serait ici un bonheur composé de moments simples et quotidiens, bonheur qu’il ne connaît plus puisque Léopoldine ne lui rend plus de visites dans son bureau.

 

J’ai aimé d’abord parce qu’on ne peut rester impassible face au désespoir du poète qu’il reflète et par l’amour dont il témoigne à sa fille décédée mais aussi par la richesse du poème.

 

L’image que j’ai choisie est un dessin des deux filles de Victor Hugo. Il illustre donc très bien un poème qui est dédié  l’une d’elles.

 

 

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