Liberté. Paul Eluard (Hélène L.F)

Publié le par 1ères S2 et S3



Liberté

Sur mes cahiers d'écolier


Sur mon pupitre et les arbres


Sur le sable sur la neige


J'écris ton nom



 

Sur toutes les pages lues


Sur toutes les pages blanches 


Pierre sang papier ou cendre


J'écris ton nom



 

Sur les images dorées


Sur les armes des guerriers


Sur la couronne des rois


J'écris ton nom



 

Sur la jungle et le désert


Sur les nids sur les genêts


Sur l'écho de mon enfance


J'écris ton nom



 

Sur les merveilles des nuits


Sur le pain blanc des journées


Sur les saisons fiancées


J'écris ton nom



 

Sur tous mes chiffons d'azur


Sur l'étang soleil moisi


Sur le lac lune vivante


J'écris ton nom



 

Sur les champs sur l'horizon


Sur les ailes des oiseaux


Et sur le moulin des ombres


J'écris ton nom



 

Sur chaque bouffée d'aurore


Sur la mer sur les bateaux


Sur la montagne démente


J'écris ton nom



 

Sur la mousse des nuages


Sur les sueurs de l'orage


Sur la pluie épaisse et fade


J'écris ton nom



 

Sur les formes scintillantes


Sur les cloches des couleurs


Sur la vérité physique


J'écris ton nom



 

Sur les sentiers éveillés


Sur les routes déployées


Sur les places qui débordent


J'écris ton nom



 

Sur la lampe qui s'allume


Sur la lampe qui s'éteint


Sur mes maisons réunies


J'écris ton nom



 

Sur le fruit coupé en deux


Du miroir et de ma chambre


Sur mon lit coquille vide


J'écris ton nom



 

Sur mon chien gourmand et tendre


Sur ses oreilles dressées


Sur sa patte maladroite


J'écris ton nom



 

Sur le tremplin de ma porte


Sur les objets familiers


Sur le flot du feu béni


J'écris ton nom



 

Sur toute chair accordée


Sur le front de mes amis


Sur chaque main qui se tend


J'écris ton nom



 

Sur la vitre des surprises


Sur les lèvres attentives


Bien au-dessus du silence


J'écris ton nom



 

Sur mes refuges détruits


Sur mes phares écroulés


Sur les murs de mon ennui


J'écris ton nom



 

Sur l'absence sans désir


Sur la solitude nue


Sur les marches de la mort


J'écris ton nom



 

Sur la santé revenue


Sur le risque disparu


Sur l'espoir sans souvenir


J'écris ton nom



 

Et par le pouvoir d'un mot


Je recommence ma vie


Je suis né pour te connaître


Pour te nommer

 

Liberté.

 

« Poésies et vérités » (1942).

Au rendez-vous allemand,
Editions de Minuit, 1945.


Paul-Eugène Grindel dit Eluard né en 1895 et mort en 1952 participa au courant surréaliste, courant qui revendique la liberté d’écrire par automatisme. Il fréquenta le parti communiste, s’opposa au mouvement fasciste puis s’engagea dans la résistance contre le régime de Vichy. La période d’occupation est une période qui marqua la poésie française. En effet, malgré la censure des occupants, jamais on ne lut ni n’écrivit autant de poèmes. C’est dans ce contexte que Paul Eluard modifia quelque peut son poème une seule pensée  dédié à la femme aimée pour en faire un poème engagé pour la défense de la liberté qui est publié en 1945 dans les « Editions de minuit », un journal clandestin regroupant des poèmes engagés.

 

Liberté est composé de vingt-et-un quatrains chacun constitué de trois heptasyllabes et terminé par un tétrasyllabe, cette composition en vers libres, témoigne du caractère surréaliste du poème. En effet, les surréalistes prônaient la liberté et l’automatisme d’écriture. Cela est d’ailleurs renforcé par l’absence de rimes ou alors la rareté qui laissent penser que les rimes ne sont pas volontaires. Pourtant le poème n’en reste pas moins rythmé, il est lié par l’anaphore « j’écris ton nom » qui termine chaque strophe (exceptée la dernière). La progression du poème suit celle de l’évolution de la vie de l’homme, on trouve au début du poème un champ lexical plutôt dédié à l’enfance « cahiers d’écolier, enfance » et dans les dernière strophes le poète évoque la mort « sur les marches de la mort ». Le lecteur croit d’abord à un poème dédié à une femme comme il l’était à l’origine, il faut attendre la pointe du poème jusqu’au dernier mot pour savoir qu’il s’agit en fait de la liberté. Progressivement, le lecteur se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un poème lyrique mais d’un poème engagé.

 

Ce qui m’a plu dans ce poème est la simplicité avec laquelle l’auteur Paul Eluard arrive à décrire l’importance et la quête éternelle de la liberté. Cette valeur, apparue au XVIIIe siècle avec la philosophie des Lumières, n’a cessé de croître dans l’esprit des hommes, et même aujourd’hui trois siècles plus tard, la liberté n’est pas totalement acquise. C’est d’abord par le choix de la défense de cette valeur que j’ai été touchée par ce poème. L’écriture automatique apporte à ce poème une légèreté qu’on ne peut que laisser nous envahir. De plus, avant de lire la pointe du poème, on ne peut que sourire aux images qui nous reviennent des mots doux gravés sur les pupitres des écoliers.

 

En ce qui concerne l’image que j’ai choisi, c’est en fait la première qui me venait à l’idée, alors j’ai appliqué le principe du surréalisme, non pas de l’écriture automatique mais de l’illustration automatique. Elle illustre d’un côté le titre du poème Liberté mais aussi l’histoire d’amour qu’était à l’origine le poème et qui a laissé sa trace même après les modifications du poète.

 

 

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M. Urnauer 30/05/2009 22:02

Le fameux "J'écris ton nom", qui se trouve en fin de strophe(s) et non au début, n'est donc pas une anaphore, mais une cataphore (c'est plus rare).
J'apprécie ta façon de commenter le choix de l'iamge ... ^^