La Chevelure, Baudelaire [Marion D]

Publié le par 1ères S2 et S3

                                                                             La Chevelure

(esquisse de Jeanne Duval par Baudelaire)


Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure!
Ô boucles! Ô parfum chargé de nonchaloir!
Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grand flots le parfum, le son et la couleur;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé!

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où j'hume à longs traits le vin du souvenir?

Les Fleurs du mal, 1857



Sept quintiles en alexandrin composent ici ce poème. On observe de plus l’alternance marquée de rimes féminines et masculines (f,m,f,f,m) et le fait que les rimes sont ici croisée de manière assez spéciale, du type : abaab, cdccd, et ainsi de suite tout au long du poème. Rimes plutôt pauvres, alterné par des rimes suffisantes sur les premier, troisième et quatrième vers de chaque strophe.  « Je » , ici Baudelaire, s’adresse à celle qui le met dans tout ses états à l’époque ; Jeanne Duval, une mulâtresse, dont on ne sait que peut de chose, (« tu », « mon amour ») tout au long du poème et plus directement dans les strophes 2 et 6 , dans la 5ème, par métonymie exercée par « cheveux bleus ». Il loue tout au fil du poème la beauté de la femme aimée, ses cheveux  qui le font rêver du voyage dans les mers du Sud qu’il avait effectuer peu de temps avant, et qui de plus le mènent à une harmonie sans pareille.

L’érotisme et la sensualité qui se dégage de ces vers montre à quel point elle lui permet d’atteindre l’idéal. Dans la première strophe, les thèmes évoqués sont principalement ceux du souvenirs et des cheveux, puis dans la suivante, l’Ile de La Réunion, qui de fil en aiguille nous amène au voyage, puis au port, pour nous ramener aux cheveux. Pour terminer, la dernière strophe évoque le souvenir de nouveau. Tout ceci, introduit directement par de nombreuses apostrophes qui provoque l’anaphore du mot « Ô » dans les deux premières strophes, tels que « Ô toison », « Ô boucles ».  La ponctuation elle-même vient renforcer l’émoi du poète avec de la ponctuation forte et mélodique représentée par les exclamatives, très répandues dans le texte. A travers tout le poème, règne une atmosphère intime , pleine d’exotisme , de sensualité et d’animalité appuyé par l’expression des sentiments du poète, les multiples images évoquées, divers champs lexicaux comme celui des 5 sens qui donne une dimension très présente du texte et rapproche le rêve -évoqué par les images aquatiques- de la réalité. On remarque que le champs lexical de l’odorat est très développé ici, avec tous les parfums et arômes, et celui de la vue, énoncé plus au dessus. C’est toutes ces émotions et cet atmosphère qui ma accroché ici.

L’association de l’image et du poème est dut au fait que c’est une esquisse de la main même du poète de la femme qu’il évoque ici, ce qui permet d’appuyer un peu plus la vision personnelle et subjective qu’il avait envers elle, chose assez étonnante, c’est que l’idée de la femme que l’on pourrait se faire à la lecture peut être très différente de celle donnée par cette petite esquille, personnellement, je l’aurai imaginée avec de long cheveux, très bouclés, comme quoi, tout possède sa part de subjectivité.

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