"Je Trahirai Demain" (1943) Marianne Cohn; [Marion D]

Publié le par 1ères S2 et S3

 

                                                                  Je Trahirai Demain     

Marianne Cohn (1922-1944), fille de Juifs allemands fuyant le 3ème Reich, elle se réfugie avec ses parents en Espagne, d’où la guerre civile l’oblige à s’exiler de nouveau à Paris. Prise dans la tenaille des lois antisémites de 1940, elle trouve refuge dans une maison pour enfants juifs à Moissac. Engagée dans l’organisation clandestine du Mouvement de la Jeunesse Sioniste sous le pseudonyme de Colin, elle se charge de faire traverser la frontière Suisse clandestinement à des enfants juifs. Le 31 mai 44, elle prend la responsabilité d’un convoi, mais elle est arrêtée, avec 28 enfants dont elle a la charge, à 200 mètres de la frontière, à Annemasse. Malgré l’offre du maire d’organiser son évasion, elle refuse d’abandonner les enfants. Emmenée dans la nuit du 7 au 8 juillet 44 par la Gestapo, elle est assassinée à quelques kilomètres de là. A la fin de la guerre, un des enfants internés à la prison Pax à Annemasse remet à la responsable du MJS un poème qui aurait été écrit par M. Cohn lors d’un premier séjour en prison, en novembre 43. La question de l’attribution de ces vers à M. Cohn est une question qui restera en suspend à jamais.



Je trahirai demain pas aujourd'hui.
Aujourd'hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.

Je trahirai demain, pas aujourd'hui,
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne me faut pas moins d'une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renoer mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.

Je trahirai demain, pas aujourd'hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n'est pas pour le barreau,
La lime n'est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet.

Aujourd'hui je n'ai rien à dire,
Je trahirai demain.




Composé d’un tercet, de 3 quintiles d’un quatrain et d’un duet, ce poème ne fait pas partit de ces poèmes à forme fixe, mais de ceux à forme variable, qui pourrait être en partit réalisé avec la technique de l’écriture automatique. Il traite de la prison , de la torture subit par cette jeune femme de 22 ans, et du tiraillement psychologique quelle doit subir, et qui la pousse parfois à bout, il parle aussi du suicide pour sa patrie et la Résistance, de la trahison et de la douleur.

Totalement dénonciateur des techniques employées par la Gestapo, ce poème de par son langage et son organisation, va droit au but et vous touche droit au cœur avec cette anaphore comme un refrain de la phrase « je trahirai demain, pas aujourd’hui » qui pousserait à croire que la dureté de cette vie l’a fait craqué, avec l’énumération , on pourrait même parler ici de la gradation « pour renier, pour abjurer, pour trahir », l’énumération vient après et reprend chaque terme de cette gradation. L’anaphore du « Vous » dans la 2ème strophe, de même dénonce et renforce ce dégout pour ces hommes qui ont trahis leur pays et les leurs. Tandis que la mort  évoqué à la fin du texte dans l’avant dernière strophe à l’aide de vocabulaire comme l’anaphore de « la lime », et l’évocation du « bourreau » et du « poignet », boucle le poème telle une pointe, qui montre le courage de cette femme et son obstination. Renforcé par le climax de la 3ème strophe. Tout en ce poème est cru et froid, direct , mais pas résigné, sur d’elle, elle donne une image empreinte d’une grande force dans mon esprit de l’engagement pour une cause et de sa destinée.

L’association de cette image est dut au fait de la présence des poignets fins et fragiles de ce que l’on peut supposer être une jeune femme et qui se repose, harassé sur ces froids barreaux de prison dans laquelle ces mains sont enfermées . De plus, l’alliance de ces 2 éléments m’évoque franchement l’avant dernière strophe ainsi que la seconde sur la torture, de part la posture de ses mains. La couleur de peau de cette jeune femme souligne de plus la différence et pourrait faire référence au racisme et à l’antisémitisme tellement présent à l’époque.

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75 02/06/2015 15:08

tres jolie

Alesia 25/05/2016 18:13

magnifique merci cela m'a beaucoup servie pour l' histoire des arts