"Le Mal", Arthur Rimbaud [James]

Publié le par 1ères S2 et S3

Le Mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ;
- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… –

Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ;
Qui dans le bercement des hosannah s'endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Rimbaud, Poésie, 1870


Arthur Rimbaud est né à Charleville-Mézières (dans les Ardennes) le 20 octobre 1854. Il grandit sous la garde de sa mere, Vitalie Cuif, son père, Frédéric Rimbaud, est militaire, il le voit peu souvant.

La première strophe décrit à quelle point de la guerre est meurtrière, la deuxième décrit le massacre des hommes, la troisième l'indiférence de Dieu au massacre et la quatrième la détresse des mères pleurant.
    "Le Mal" dénonce la folie de la guerre et de ses concequences et remet donc en cause la religion chrétienne et dieu. La structure de ce poème est donc éloquente.

  Ce poème est composé de quatre strophes : deux quatrains suivis de deux tercets, c’est un sonnet. Les vers sont des alexandrins. Cependant, ce texte ne suit pas l’usage traditionnel de l’organisation des rimes dans le sonnet: les rimes sont croisées dans les quatrains alors qu’elles sont traditionnellement embrassées. le jeu de rimes est différent dans les deux quatrains alors que la règle classique exigeait une identité de rimes. Ce genre de libertés est cependant fréquent dans la poésie du XIX eme siècle. Traditionnellement, dans le sonnet, les deux quatrains forme un tout cohérent, netement distinct du bloc formé par les deux tercets.

 

 

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