"C'était un très bon nègre", Aimé Césaire (Ronan.T)

Publié le par 1ères S2 et S3

 

Barack Obama, premier président américain noir,

ou l'espoir d'une société meilleure

 

 

Cahier d'un retour au pays natal

 

[...]

 

C'était un très bon nègre.

Et on lui jetait des pierres, des bouts de ferraille, des tessons

de bouteille, mais ni ces pierres, ni cette ferraille, ni ces bou-

teilles ...

Ô quiètes années de Dieu sur cette motte terraquée !

 

et le fouet disputa au bombillement des mouches la rosée

sucrée de nos plaies.


Je dis hurrah ! La vieille négritude

progressivement se cadavérise

l'horizon se défait, recule et s'élargit

et voici parmi des déchirements de nuages la fulgurance d'un

signe

le négrier craque de toute part ... Son ventre se convulse et

résonne... L'affreux ténia de sa cargaison ronge les boyaux

fétides de l'étrange nourrisson des mers !

Et ni l'allégresse des voiles gonflées comme une poche de

doublons rebondie, ni des tours joués à la sottise dangereuse

des frégates policières ne l'empêchent d'entendre la menace de

ses grondements intestins

 

En vain pour s'en distraire le capitaine prend à sa grand' vergue

le Nègre le plus braillard ou le jette à la mer, ou le livre à l'ap-

pétit de ses molosses

La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang

répandu le goût amer de la liberté

 

Et elle est debout la négraille


la négraille assise
inattendument debout
debout dans la cale
debout dans les cabines
debout sur le pont
debout dans le vent
debout sous le soleil
debout dans le sang

 

           debout

                et
                    libre

 

debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénue-

ment maritimes girant en la dérive parfaite et la voici :
plus inattendument debout
debout dans les cordages
debout à la barre
debout à la boussole
debout à la carte
debout sous les étoiles

 

            debout

                 et

                     libre

 

et le navire lustral s'avancer impavide sur les eaux écroulées.

 

Cahier d'un retour au pays natal (1947).

Présence Africaine, 1983.

 

 

  Poète martiniquais à l'origine du concept de « négritude », Aimé Césaire (1913-2008) a marqué de son empreinte la poésie du XX è siècle. Selon Aimé Césaire, la négritude est l'expression du rejet « de l'assimilation culturelle » et de celui de « l'image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation ». Le poète se place en fait en défenseur de l'identité Noire et plus généralement de tous les peuples opprimés. Avec « C'était un très bon nègre » issu de Cahier d'un retour au pays natal publié pour la première fois en 1939, Aimé Césaire évoque le système esclavagiste par le biais de la traite négrière. Ainsi quelle vision nous en offre-t-il ? Tout d'abord, nous verrons que le poète nous montre un système qui court à sa perte. Puis, dans un second temps, nous verrons que la dénonciation du système esclavagiste prend aussi l'aspect d'un hymne à la liberté.


 

  Au travers de ce poème, Aimé Césaire s'érige en rempart contre le système esclavagiste. Tout d'abord, ce système est représenté comme voué à l'échec. En effet, le champ lexical de la destruction voire de l'implosion (« se cadavérise » (v.9), « se défait » (v.10), « s'élargit » (v.10), « craque » (v.13), « se convulse » (v.13), « ronge » (v.14) ) permet de renforcer cet aspect. Ensuite, les deux premières strophes se placent en rupture avec le reste du poème. En effet, dans celles-ci la condition de l'esclave est représenté comme normale. En effet, on peut relever l'euphémisme « la rosée sucrée de nos plaies » (v.6-7) qui permet de minimiser l'apparition du sang sur le corps des esclaves due aux coups de fouet. De plus, l'emploi des temps de la narration, l'imparfait et le passé simple, (« C'était » (v.1), « on lui jetait » (v.2), « disputa » (v.6) ) confère au sort de l'esclave une dimension presque banale. Puis l'emploi du présent de l'énonciation et de la narration (« Je dis » (v.8), « se cadavérise » (v.9), « se défait » (v.10), « s'élargit » (v.10)...) dès le vers suivant va créer un décalage avec les deux premières strophes. Cela permet alors au poème, et donc à sa portée dénonciatrice de prendre toute son ampleur. Ensuite, le poète martiniquais nous montre que la fin de l'esclavagisme est inéluctable. En effet, les nombreuses tournures négatives (« ni », « n' ») exprime cette aspect inexorable. On peut donc dire qu'Aimé Césaire dénonce avec ferveur un système qui a atteint ses limites.


  Ensuite, on peut dire que cette dénonciation prend aussi la forme d'un hymne à la liberté, à l'émancipation. En premier lieu, dans le poème l'aspiration à la liberté est très présente. En effet, cette idée s'exprime avec force au travers de l'expression « L'affreux ténia de sa cargaison ronge les boyaux/fétides de l'étrange nourisson des mers » (v.14-15). Le « ténia » désigne alors les esclaves qui se révoltent contre leurs oppresseurs symbolisés par « l'étrange nourisson des mers ». Aussi, on pourrait penser que le poète fait allusion à son « pays natal », la Martinique par l'intermédiaire de l'expression « motte terraquée » (v.5). Durant toute sa vie Césaire a combattu pour valoriser l'identité martiniquaise vis à vis de la France et l'expression « l'étrange nourisson des mers » pourrait désigner cette dernière. En outre, le désir de liberté se ressent également par delà les vers 26 et 27 « la négraille assise/inattendument debout ». On a presque un oxymore. Cela signifie que même si les esclaves sont opprimés, leur désir de révolte demeure intact. De plus le sentiment de liberté se fait de plus en plus pressant vers la fin du poème. En effet, on a par deux fois des anaphores successives du mot « debout » ce qui renforce le désir pressant de liberté. En outre, on a une gradation ascendante (« cale » (v.28 ), « cabines » (v.29), « pont » (v.30), « vent » (v.31), « soleil » (v.32), « sang » (v.33) et « cordages » (v.40), « barre » (v.41), « boussole » (v.42), « carte » (v.43), « étoiles » (v.44)) qui montre une échappée des esclaves de la « cale » du navire, le symbole de leur esclavage, jusqu'à ce qu'il atteignent « les étoiles » autrement dit la liberté. Néanmoins, la présence du nom « sang » à l'intérieur de la gradation nous montre que l'émancipation des esclaves n'est pas sans conséquences. En effet, le vers 24 « le goût amer de la liberté » nous évoque un esclave baignant dans son sang et signifie finalement que la liberté des esclaves ne peut s'obtenir qu'au péril de leur vie. Egalement, les trois vers repris par deux fois à la fin du poème « debout/et/libre » nous montre le désir profond du poète de voir ceux qui subissent le joug de leurs oppresseurs s'émanciper. Enfin, l'adjectif « lustral » dans le dernier vers, évocant la purification, suggère un peuple libéré de ses tyrans. Ainsi, Aimé Césaire procède-t-il à un véritable appel à l'émancipation.

 

  En fin de compte, Aimé Césaire dénonce l'esclavagisme et par la même occasion, cette dénonciation fait figure d'hymne à la liberté. Plus généralement, ce poème se fait l'écho de tous les peuples qui sont en proie à la tyrannie ou qui voient leur culture menacée par des pays qui leur sont étroitement liés.

 

Voilà une chanson de Youssou N'Dour qui fait figure d'hymne à la défense de la cause éthnique.

 

 

 

 

Explications pour l'image choisi:

 

J'ai choisi cette image d'Obama car elle repousse à des années lumières l'idée d'esclavage et parcequ'elle est l'expression par excellence de la liberté.

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moi 09/03/2016 08:41

attozzz

gerard 09/05/2016 14:41

nikke ta merreeee

thais techer 07/06/2014 11:42

quelle est l'image le poète développe-t-il dans le vers 14 " maritimes girant en la dérive parfaite et la voici " et dans le dernier vers " et le navire lustral s'avancer impavide sur les eaux
écroulées "

gerard 09/05/2016 14:43

il developpe limage de ta mere la nuit SALU PUUTE DE TA MERE LA CHIENNE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!