Demain dès l'aube - Victor Hugo (Aurélia)

Publié le par 1ères S2 et S3

Demain, dès l'aube, composé en 1847, appartient au recueil Les Contemplations (1856). Pour le comprendre, il faut savoir qu'en 1843, la fille de Victor Hugo, Léopoldine et son mari se sont noyés dans la Seine à Villequiers. Sa mort le plonge dans le désespoir. À la veille du quatrième anniversaire de l'accident, Hugo compose ces trois strophes d'une simplicité harmonieuse et d'un lyrisme touchant et personnel. Avec une détermination qui n'exclut ni l'émotion ni l'imagination, il décrit par avance le cheminement qui le conduira auprès de son enfant bien-aimée. Par les quelques fleurs de son père elle revivra pour toujours . Car tel est le pouvoir de la poésie : éterniser ce que la mort a éteint.


Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

                            Victor HUGO, Les Contemplations, Livre IV, 14 (1856)


Le poème est composé de trois strophes de quatre vers chacune. Ces vers sont composé de 12 syllabes, ce sont donc des alexandrins. Ils créent un rythme : en effet, la lecture doit respecter la ponctuation mais aussi les césures, coupures qui divisent le vers en deux hémistiches, comme par exemple le vers 3 : «J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.» ainsi que le vers 6.
L'ambiance générale du poème est la tristesse remarquable à son champ lexical : "triste", "seul", ainsi que le cadre spatial: "forêt", "campagne" et le cadre temporel "nuit", "soir" qui donnent une impression de solitude.
Dans ce poème, le procédé du dévoilement progressif est utilisé : en effet, la première strophe donne l'impression que l'auteur part rejoindre une personne grâce à un rythme rapide et un empressement (vers 2). En revanche,dans la deuxième strophe, le rythme est lent à cause de la nostalgie qu'éprouve l'auteur.
Le voyage de l'auteur dure un journée entière sans interruptions, et mené avec détermination, remarquable grâce à la structure du poème de la double progression : en premier lieu la progression temporel, vers 1 « l'aube » et vers 8 « la nuit ». En deuxième lieu, la progression dans l'espace: une série de complément de lieu permet de le justifier, avec un changement d'espace dans la strophe 3 : passage du sauvage et vague à maritime. L'emploi répété du futur dans le poème montre la détermination de l'auteur à effectuer son voyage ainsi que les verbes de mouvements « je partirai », « j'irai », je marcherai », ... Il s'agit donc aussi d'un voyage sentimental.
La relation affective profonde apparaît dans l'interpellation dans le vers 2 « Vois-tu, je (...) » par le rapprochement je/tu, ce qui souligne la certitude du « rendez-vous » et de la douleur de la situation de séparation. L'auteur est aussi indifférent au monde qui l'entoure lors de son voyage (strophe 2). Ses préoccupations personnelles prennent donc le dessus par rapport à l'environnement, le repli sur soi « Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées » montre un comportement soucieux.
Ce poème élégiaque (lyrisme et nostalgie) met en relief l'immortalisation de Léopoldine, grâce au derniers vers. Celle-ci est soulignée par les deux symboles qui ornent sa tombe (le houx vert et le bruyère en fleur), et sont à l'image de l'éternité. La pointe du poème permet donc à Léopoldine d'échapper au temps.


Je trouve ce poème très intéressant au niveau de sa structure et de sa profondeur dans les sentiments : Hugo montre avec beaucoup d'émotions tout son amour pour sa fille morte 4 ans auparavant. La progression du récit nous donne au début l'impression que l'auteur parle de retrouvailles alors que c'est sur la tombe de sa fille qu'il se rend. Je trouve que la pointe de ce poème est très symbolique implicitement pour la poésie car elle permet de rendre immortelle les choses passées et oubliées.

 L'image que j'ai choisi représente une photo d'un homme marchant visiblement avec un empressement, ce qui est similaire au début du poème où l'on trouve un rytme rapide. L'espace (la forêt) dans laquelle il marche montre aussi ce qu'Hugo a traversé pendant son voyage (voir vers 3). Cette photo montre l'itiniraire précis et le voyage du poète dans l'incapacité d'accepter une situation douloureuse.

Commenter cet article

ehibou 09/07/2010 22:00


Cochez cette

Leçon IX – Victor Hugo Demain, dès l’aube

http://www.ehibou.com/lecon-ix-victor-hugo-demain-des-l%E2%80%99aube/


Antoine 25/06/2009 10:13

Merci pour tous ces commentaires! J'ai dû étudier ce poème cette année en français et je l'aime beaucoup. J'ai trouvé des versions en bande dessinée (http://www.lettres.net/hugo/demain/index.htm) et en musique (http://fannyboitard.free.fr/paroles.php?nom=Demain%20(Victor%20Hugo))

M Urnauer 28/05/2009 12:07

Un mélange de commentaire "inspiré" de la page suivante (autant la recommander !... ^^) : http://www.lescorriges.com/fichesbac/hugo_leopoldine.htm

et de propos plus personnels ( ce que je préfère nettement ; même si ici, je ne crierai pas au copié-collé scandaleux !... )