Il pleure dans mon coeur. Paul Verlaine (estelle)

Publié le par 1ères S2 et S3

 

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !


Paul Verlaine, surnommé « le Prince des Poètes », est né le 30 mars 1844 à Metz.  Élève au lycée Bonaparte, il embrassa par la suite une carrière d’employé de bureau à la mairie de Paris. Il commença à fréquenter les salons et cafés littéraires de Paris et fit la connaissance des poètes célèbres de son époque. Ces rencontres l'ont incité à composer lui même des poèmes et publia son premier recueil les Poèmes saturniens en 1866. Sa rencontre avec Rimbaud, avec lequel il mènera une existence aventureuse, va bouleverser sa vie. Emprisonné pour avoir tiré sur celui-ci, Paul Verlaine écrit alors des poèmes empreints d’une grande musicalité. Il meurt en janvier 1896 d'une congestion pulmonaire à Paris.

 

Il pleure dans mon coeur est un extrait du recueil Romances sans paroles (1874). Il est le troisième poème de la section intitulée Ariette oubliées. Une ariette est un terme de musique qui désigne une mélodie. La troisième des ariettes est une variation sur la mélancolie, la nostalgie. La transparence de l'eau et la limpidité des vers se fondent pour traduire ces sentiments. L'identification pluie/larme est la ligne directrice du poème.

Ce court poème se compose de quatre quatrains avec un schéma des rimes particulier, abaa, et est composé d’hexasyllabes (six syllabes).

 

Dans ce poème, l’harmonie est d’abord créée par la comparaison et la symétrie des vers 1 et 2.En effet, ces deux premiers vers utilisent des formules impersonnelles presque identiques et qui ont la même sonorité. (« Il pleure » et « il pleut »). Ces deux expressions sont aussi suivies d’un complément circonstanciel de lieu, ce qui renforce cette idée de symétrie. On peut parler aussi de la musicalité du poème. Paul Verlaine joue sur les rimes et les a réparties dans une disposition très particulière (a,b,a,a). Le poème repose sur quatre notes ; eur, uie, son et eine. S’y ajoutent de nombreuses rimes à l’intérieure des vers. Dans les vers 1, on a « pleure » et « cœur », au vers 5, « bruit » et « pluie » et on a de nouveau aux vers 9 et 10 « pleure » et « cœur ». La musicalité du poème est renforcée par la répétition « Il pleure » au vers 9. Ceci ressemble fortement au refrain d’une chanson. De plus, le poème donne la sensation de monotonie et de répétition de la pluie. Les mêmes mots et les mêmes sons régulièrement repris reproduisent le bruit de la pluie. Par exemple, l’allitération en « l », nous fait penser à un liquide comme la pluie ou les larmes. On peut également entendre la pluie tomber dans le vers 6 avec des allitération en « r » et en « t ». Le vers 5 s’ouvre sur une exclamation lyrique. Ce vers nous donne l’impression que le poète s’adresse directement au bruit. Ensuite, dans le vers 8, le « ô » est à nouveau utilisé et valorise ainsi le chant de la pluie. Celle-ci est liée aux larmes mais aussi à la douceur lyrique du texte. La note dominante du poème est le chagrin qui apparaît d’emblée avec la formule impersonnelle, « il pleure ». On peut également constater le champ lexical de la douleur, l’ennuie, la trahison, le deuil, la peine…De plus, de nombreuses questions restent sans réponse et nous laissent dans un sentiment de tristesse, de mélancolie comme une âme vidée de toute motivation ou d’une conscience incolore comme l’eau de la pluie et des larmes. On se laisse bercer par la pluie et la mélancolie.

 

Dans ce poème, Paul Verlaine nous décrit très peu le paysage mais nous pouvons, grâce aux vers 2 et 6, nous situer dans un milieu urbain. La tristesse et la mélancolie nous amènent à faire une balade à travers un paysage monotone et gris. Ici, Verlaine essaye de comprendre sa peine en posant des questions. Mais celles-ci restent sans réponse et le poète demeure dans le flou.
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Commenter cet article

ano 24/06/2009 22:21

votre développement fait sur "Ariettes" III de paul verlaine est sublime "rien à redire" il m'a beaucoup aider
merci et surtout bonne continuation