La Victoire de Guernica, Paul Eluard - (Kaou)

Publié le par 1ères S2 et S3


(photo de Robert Capa, "Mort d'un soldat républicain")

I

Beau monde des masures
De la nuit et des champs
II

Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups
III

Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple
IV

La mort coeur renversé
V

Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie
VI

Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses
VII

Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde
VIII

Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs
IX

Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent
X

Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang
XI

La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile
XII

Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché
XIII

Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir
XIV

Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.











Eugène Émile Paul Grindel alias Paul Eluard (1895 à Paris - 1952), poète français, il est atteint de tuberculose à l’âge de 16 ans et est donc contraint d’arrêter ses études, sont premier amour est une jeune russe, Helena Diakonova, elle lui inspirera ses premiers textes élogieux et lyriques, c’est sa période dadaïste. Il se sépare d’elle (1928) et rencontre Nusch, elle meurt d’une façon tragique, hémorragie cérébrale (1946), c’est 10 ans plus tôt qu’il écrivit « Victoire de Guernica » lors du soulèvement franquiste en Espagne, Eluard et Picasso sont alors complémentaire et complice dans leur travaux : « Tu tiens la flamme entre tes doigts et tu peins comme un incendie. »

 

 

Le poème est constitué de 14 strophes hétérogènes alternées de vers seul, quatrain, quintil, tercet ce qui lui donne un rythme saccadé comme ci par moment le « narrateur » avait la gorge nouée et qu’il devait prendre des poses pour reprendre de plus belle car l’émotion est tellement forte.

Le décors est posé comme une nature encore inviolée (1ére §), les gens qui y vivent sont pur (2éme §), on comprend dés la 3éme § qu’ils vont mourir tout ca juste pour faire figure d’exemple, des civils, hommes comme femmes et enfants, le contraste est d’autant plus flagrant que les femmes et les enfants sont montré comme des êtres intouchables, immaculés : anaphore de « Les femmes les enfants ont le/les même…», ils sont le seul « trésor » des hommes pour lequel ils se défendent cœur et sang au prix de leurs âmes, « Les hommes le défendent comme ils peuvent », contre des soldats, des créatures qui «…ne sont pas de notre monde » et de « …la couleur
Monotone de notre nuit », ils ne sont d’ailleurs désigné que par le pronom « ils ».

Les § 11 et 12  évoquent une mort de résignation qui devient une mort de sacrification et donc une acceptation des résistants ce qui n’est pas l’effet que recherchaient les soldats, il y a ici une vision de martyr.

Ce poème est très engagé politiquement car il attaque directement les francistes et expose son appartenance au communisme et socialisme, défenseur de la république en prenant parti pour les massacrés. Le titre donné au poème est également provocateur car il suggère une victoire du peuple espagnol.

 

 

 

Remarque personnelle : j’ai d’abord choisi ce texte, honnêtement, car il me paraissait simple à illustré, j’avais tout de suite pensé au tableau de Picasso, mais il m’a fallu à un moment donné le lire, c’est à ce moment que je sentit qu’il fallait une image plus explicite et dénonciatrice tant le poème est intense et bourré en émotion pathétique.

Je me dit aussi que les tableaux de Goya, Dos et Tres de Mayo, aurait pu convenir car ils nous montre la mort pour l’exemple.

 

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Alexandre 27/05/2009 21:38

Et la je me rend conte comme un imbécile (pour ne pas être vulgaire) que j'ai moi aussi commenté ce texte (mais plus tard donc je suis en tord)

1ères S2 et S3 03/05/2009 20:51

Exact : j'ai confondu avec un réalisateur célèbre lui aussi !... ^^
Comme quoi : nobody's perfect ( except Môna, off course !...)

Kaou 03/05/2009 20:36

J'ai hésité justement à la mettre mais la peinture est trop abstraite de mon point de vue, la photo, comme vous dites, est beaucoup plus poignante surtout quand on sait que la scène est authentique.

PS: faute corrigé, quant à vous, c'est Capa et non "Capra".

M. Urnauer 02/05/2009 23:15

Bon choix, là encore.
Et là où tout le monde se serait attendu au célèbre tableau de Picasso, tu optes pour une photo de Capra poignante ...
Très bonne idée.
Seul tout petit bémol : je crois qu'il y a une faute, à un moment ( "LA pain" ?...)