Le Déserteur - Boris Vian ( Mlle N. )

Publié le par 1ères S2 et S3





Monsieur le président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir

Monsieur le président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens

C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants

Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers

Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé

Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:

« Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir »

S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le président

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer



Ecrite à la fin de la guerre d'Indochine en 1954, Le Déserteur de Boris Vian est bien connu de tous. Poème qualifié de " poème engagé ", c'est aussi une chanson anti-militariste qui s'adresse directement au chef des armées. ( Mais pas seulement et c'est bien là, la subtilité de la chose ) 
Car c'est en répétant à trois reprises: " Monsieur le président " que Boris Vian attire l'attention de petits et grands mais aussi ( et surtout ) par le dialogue qu'il tient à son auditoire.
Ce poème est composé de 12 quatrains soit 48 hexasyllabes avec des rimes croisées (ABBA).
Cependant, la cinquième et la neuvième strophes se démarquent du lot dans la mesure ou seuls les deux vers du milieu sont rimés.
Le champ lexical de la guerre est nettement apparent: " militaires " au vers 4, " guerre " au vers 6, " bombes " au vers 23, " gendarmes " au vers 46 ou bien " armes " au vers 47.
Néanmoins on peut observer que le champ lexical de la souffrance est aussi présent ( " tuer des pauvres gens " au vers 12, " pleurer mes enfants " au vers 20 sans compter ce qui est dit entre les lignes ).
Car Boris Vian met l'accent sur l'horreur que provoque la guerre:
les morts innombrables, les chagrins infinis, les disparus irremplaçables et le refus d'une violence inutile.

Il est évident que dans le contexte actuel, où la Guerre semble être le seul moyen de résoudre les conflits, je n'ai pu m'empêcher de me dire que Boris Vian avait déjà tout compris.
La justesse de ses paroles ont trouvées échos dans mon oreille et ne cessent de résonner.
Telle une révolte silencieuse qui prendrait peu à peu de l'ampleur, ce chant fait vibrer l'âme rebelle de tous et surtout ... la mienne !

Quant à la photographie, l'incertitude me prend encore. Mais je dois dire que si cette image ma plu, c'est bien parce que c'est grâce à ce "jeune" homme que j'ai compri les mots qui s'offraient à moi.
Un " Déserteur " ...  Qu'est ce qu'un Déserteur ?
N'est-il pas au fond de lui un enfant un peu perdu qui cherche asile dans des contrées reposées ?
Un peu ... beaucoup.
=)

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laurie 24/10/2012 15:32

J'aime beaucoup ce poème et l’analyse que tu en a faite.
:)

agathe 13/06/2010 17:21


bonjours votre analyse est très intéressante.j'ai beaucoup aimé.merci ps:ce poème est composé de rimes embrassées.


Mlle N. 01/05/2009 22:22

Non mais je ne savais pas trop encore quoi mettre. J'avais effectivement pensé à " ma Bohème " pour cette photo mais à défaut d'avoir quelque chose d'extra-ordinaire je me contente de ça. Autre photo à venir prochainement =)

1ères S2 et S3 01/05/2009 20:31

J'aurais bien vu cette image avec le célèbre "Ma Bohème" de Rimbaud ...
Mais avec "le déserteur", pourquoi pas ?!...